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Il faut
vous dire que Maman avait un petit aquarium où évoluaient trois
minuscules poissons rouges. Lorsque je les ai repérés sur le réfrigérateur,
se trémoussant dans leur bocal afin de me narguer, je n'ai eu de cesse de les
attraper. Profitant d'une absence de ma Maman, j'ai grimpé sur le réfrigérateur,
j'ai plongé la patte dans l'eau et ce fut un jeu de chaton de récupérer les
petits poissons agités. Je n'en fis qu'une bouchée. Lorsque Maman rentra, elle
fut surprise de trouver son bocal à moitié vidé de l'eau qu'il contenait et
seulement une petite écaille tombée sur le carrelage de la cuisine. Je n'allai
pas avouer mon forfait et je pris mon air le plus innocent lorsqu'elle me
demanda des comptes... ma patte mouillée m'avait bien trahi un peu, mais ma
Maman ne dit trop rien... Elle est vraiment chouette ma Maman... Maintenant que je faisais partie de la famille, je commençais par me faire un ami parmi la fratrie de chats déjà présents. Ils étaient tous apparentés : Tigrou et Noiraude étaient frère et soeur, les Coyotes (Muzo et Zorro) étaient frères jumeaux, fils de Noiraude, et Timinou était également fils de Noiraude et peut-être de Tigrou comme on l'a vu précédemment... Je choisis Muzo comme copain car il était de nature placide (... et Muzo !!! excusez mon humour !). Il était assez doux et enclin à jouer.
En matière
de jeux, mon Papa et ma Maman me confectionnaient des petites boules de papier
d'aluminium qu'ils faisaient rouler dans le salon. Je compris vite qu'il
s'agissait de courir après et de les rapporter en main propre à celui qui les
avait envoyées, ce qui leur permettait de me les renvoyer et à moi, de
courir après. Ils me fabriquaient aussi des petits noeuds qu'on baptisa très
vite "noeuds-noeuds" avec les enveloppes en plastique des revues ou de
différents courriers postaux, que
je rapportais de la même façon. Je ne suis pas venu depuis longtemps vous raconter ma vie, mais il faut m'excuser... Il faisait si beau dans le Périgord, que j'en ai profité, jouant dans le jardin, guettant et poursuivant les sauterelles, me roulant dans l'herbe, faisant la sieste sous une vigne au feuillage abondant, coursant Muzo, me prélassant sur la terrasse en bois de la piscine, observant les insectes, enfin faisant mille choses très agréables que seuls les chats peuvent apprécier dans un jardin à la campagne.
Bien sûr, je salissais bien un peu mon joli poil long, mais ma Maman me
brossait régulièrement et comme je suis très raffiné, je m'appliquai aussi
à faire ma toilette minutieusement, à petits coups de langue, surtout sur ma
queue aux poils très fournis et très longs. Pour effectuer ce travail très
important, je grimpe sur le vaisselier de la salle à manger, tout en haut. De
mon poste d'observation le plus haut de la maison, je peux ainsi surveiller tout
le monde et surtout les chats de la famille qui ont tendance à en prendre à
leur aise.
Mais revenons à mes débuts dans la famille... Je sus, petit à petit, me fondre dans le groupe. C'était la bonne tactique.
Bien sûr, j'eus tout de suite quelques prérogatives particulières. Alors que
les autres chats mangeaient dans les assiettes disposées dans le coin repas des
chats, je compris vite que pour avoir la meilleure part, il fallait que je
choisisse le premier. Pour cela, une seule solution : me précipiter lorsque ma
Maman se saisit d'une boîte de petites bouchées en sauce ou en gelée (mes préférées)
et grimper sur le plan de travail de la cuisine, là où ma Maman prépare les
assiettes, puis commencer à manger goulûment, avant même qu'elle ait le temps
de poser les assiettes au sol. Ma Maman comprit vite mon attitude et me remplit
un petit bol, rien que pour moi, que je dégustai en hauteur, en regardant du
coin de l'oeil, les autres chats se partager au sol les assiettes bien remplies.
Ce qui ne m'empêchait pas d'ailleurs, d'aller me faufiler entre deux copains,
lorsque j'avais terminé mon petit bol, pour compléter mon ordinaire... Il faut noter qu'à l'heure du repas, nous faisons une trêve... le repas, c'est
sacré ! Pas question de se bagarrer, de jouer, de perdre du temps... l'objectif, c'est la gamelle !
Il ne faut pas exagérer non plus... nous avons deux repas par jour, un le matin vers six-sept heures et un autre le soir vers dix-neuf heures. De plus, un distributeur à croquettes est disponible nuit et jour, ainsi qu'une fontaine à eau fraîche. Nous complétons notre régime par quelques souris bien grasses, attrapées dans le jardin. Parfois, nous en ramenons une vivante que nous lâchons dans la maison pour nous amuser. Bien sûr, ma Maman n'est pas ravie, mais il ne faut pas oublier que nous sommes quand même six et une souris qui vient à entrer par inadvertance sur notre territoire est une souris suicidaire.
Parfois, nous leur laissons la vie sauve mais c'est très rare, car nous avons une habitude : pour remercier notre Papa et notre Maman, nous leur rapportons des musaraignes, des mulots ou autres petites bestioles que nous disposons sur le sol de la cuisine et quelquefois sur le tapis du salon. Ils ne manquent pas de nous remercier... C'est bien normal... ils nous nourrissent et nous, nous participons au ravitaillement !
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